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Le temps

Longtemps, j'ai courru après lui;
J'en étais en manque et je l'ai poursuivi;
Je ne croyais pas qu'un jour dans ma vie;
Je devrais le regarder passer sans bruit.

Le temps...
Un instant suspendu dans le néant;
Il était là guettant le bon moment;
Ce mal qui se fait envahissant;
Pour me tomber dessus violemment.

Le temps...
Il arrange les choses à ce qu'on dit;
Moi, il m'exaspère, me démolit;
Je me demande bien à quelle loi il obéit
ce que je sais, c'est que je suis à sa merci.

Le temps...
Je n'ai que lui maintenant;
Et il me pèse lourdement;
Avec tous les bouleversements;
Qu''il m'apporte quotidiennement.

Le temps...
Le temps perdu... le temps qui fuit;
Le temps qui fuit avec mon énergie;
Ce temps allié à la maladie;
Me laisse comme défi la vie.

Le temps... à moi de m'en faire un ami.

Jocelyne Gouge, mai 2000

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  Ma vie au présent

Je conjugue ma vie au présent;
Hier est passé et demain est devant.
Vous me trouvez forte et courageuse,
Mais je suis seulement une grande rêveuse.
Y a-t-il une raison raisonnable,
Pour que je trouve la vie formidable?

Je conjugue ma vie au présent;
Hier encore, je faisais des plans,
Et me trouvais chanceuse,
D’avoir une existence simple et heureuse.
Y a-t-il une raison raisonnable,
Qui me donne une vie formidable?

Je conjugue ma vie au présent;
Même si elle peut basculer à tout moment,
Même si je suis de plus en plus silencieuse,
Je sais demeurer ambitieuse,
Elle est là la raison raisonnable,
Qui me rend la vie formidable?

Je conjugue ma vie au présent;
Vous voyez, je la vis pleinement.
Elle me donne des heures douloureuses,
Et je la trouve souvent hasardeuse
Vous êtes la raison raisonnable,
Qui me rend la vie formidable?

Jocelyne Gouge, août 2000

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Une vague en pleine face

Depuis que la Maladie de Parkinson m'a entraînée dans sa galère, je navigue sur une mer plutôt trouble et agitée. Cet après-midi, j'ai vu mon médecin. Il m'a dit commencer à apprivoiser l’idée de ne plus retourner au travail. Méchante vague froide et salée...

J'aimais mon travail, il était valorisant et me permettait d’exploiter ma créativité. Je faisais partie d'une équipe sympa. D’ailleurs, ils comptent tous sur mon retour et m'encouragent à prendre mon temps pour me stabiliser et reprendre le boulot à mon rythme; ou plutôt au rythme de la MP. Ils savent que mon travail, je l'ai dans la peau et que je ne pourrai jamais être à ma place dans un emploi routinier et sans contact avec les étudiants. Je sais que je vais avoir de la difficulté à leur dire que je ne reviendrai pas. J'y pense et toutes sortes d'émotions me viennent. Après avoir fait le deuil de ma santé, je devrai faire celui de mon emploi... Quel sera le prochain? Moi qui ai l'habitude de m'adapter rapidement aux situations, je me sens fragile et vulnérable. Je suis dans le creux de la vague et j'ai bien hâte de surfer dessus, en espérant ne pas me noyer avant.

Mes propos sont tristes, ils ne me ressemblent pas. On dit qu'une peine partagée est moins lourde, j'espère qu'après l'avoir partagée avec vous elle se fera plus légère pour moi. Saloperie de maladie qui a vandalisé mon présent et mon avenir. Saloperie de maladie qui fait peur à mon mari et à mes enfants. J'en étais à l'été de ma vie, l'automne m'est tombé dessus sans prévenir et je sens souffler le vent de l'hiver dans mon dos. Pour les prochains jours, je vais me laisser porter par le courant; peut-être aboutirai-je sur une île faite sur mesure pour moi... je me le souhaite.

La vie est... je ne sais plus...

Jocelyne Gouge, 15 août 2000

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Toi qui n'oses pas

Tu sembles mal à l’aise face à moi pourtant je suis toujours la même à une différence près; je vis avec un mal méconnu, un mal qui fait peur. Cette force que tu me trouves, était, comme la maladie, présente en moi depuis toujours attendant de naître. Au même rythme que la maladie progresse, la force s’accroît créant un certain équilibre; précaire mais nécessaire. Elle était là, en moi, comme en chacun de nous. Comme toi, j’ignorais que je pouvais être aussi forte face à un "ennemi" aussi dévastateur. Comme toi, j’admirais les gens forts et courageux et me demandais comment ils faisaient pour passer au travers des épreuves qui me semblaient insurmontables. Comme toi, je me sentais dépassée par les événements. Comme toi, je ne savais quoi faire ou quoi dire. Aujourd’hui j’ai appris. J’ai appris qu’il faut faire confiance en cette force que j’appelle"la Foi."

Tu n’oses plus me téléphoner de peur de me déranger. Tu n’oses plus m’inviter chez toi, ni venir chez moi de peur de me fatiguer. Je voudrais tant que tu me regardes avec les mêmes yeux qu’avant, même si rien ne sera jamais plus comme avant. Si je veux risquer une promenade en vélo, tu me dis que cela n’est plus pour moi; c’est trop dangereux. Si je veux faire une excursion en forêt, tu me dis d’oublier ça; c’est trop fatiguant. Je voudrais tant que tu me fasses confiance, si j’ai envie de faire quelque chose c’est probablement parce que j’en suis capable. Je le ferai plus lentement qu’avant mais je le ferai à mon rythme et prudemment.

Parfois tu me plains, tu parles de moi et de ma maladie avec les autres, mais lorsque tu es avec moi, tu évites le sujet.Peut-être que si tu m’en parlais tu comprendrais. Tu comprendrais, que malgré les symptômes plus ou moins apparents et les médicaments, je peux vivre "normalement", faire à peu près tout ce que je faisais, sauf que le rythme est ralenti. La fatigue se pointe le bout du nez plus rapidement, mais si je respecte ma vitesse de croisière, si je prends des pauses lorsque j’en ai besoin, rien n’est impossible.

Je l’admets, parfois les apparences jouent contre moi. Lorsque j’hésite sur les mots, lorsque les mots ne semblent pas vouloir sortir, lorsque je m’arrête au beau milieu d’une conversation et que je ne me rappelle plus de quoi on parlait. C’est lorsque ces situations et d’autres semblables se présentent que je suis contente d’avoir parlé de ma maladie. Ce que je cherche en en parlant ce n’est pas de la pitié, mais de la compréhension. Fais-moi confiance… crois en moi. La confiance nourrit la Foi. Si tu as confiance en moi, tu nourris la force que tu admires en moi…  Imagine si tout le monde en fait autant, rien ne pourra plus m’arrêter. On pourra toujours me ralentir, mais pas m’arrêter! Qu’on se le tienne pour dit: "La MP" m’a choisie, mais moi pas. Elle n’a qu’à bien se tenir, je vais lui faire la vie dure!

La vie est plus belle depuis que j’ai le temps de la voir…

Jocelyne Gouge, 24 octobre 2000

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Besoin d'air, besoin d'aide

Dualité: malade chronique et aidant naturel

Pas facile de discerner la limite fragile entre le besoin d’aide et le besoin de liberté d’une personne en perte d’autonomie. Moi, je me situe du côté sombre du tableau du malade. Je suis celle qui a besoin de soutien; celle qui a des limites qui se resserrent, qui l’étouffent progressivement. Ma conjointe, se situe du côté sombre d’un autre tableau; celui de l’aidant naturel. Chacune est isolée dans sa réalité, mais aucune ne veut faire mal à l’autre. Nous vivons ensemble, nous nous aimons profondément, mais on a en permanence un gros nuage gris au-dessus de la tête qui risque d’éclater au moment où on s’en attend le moins. Notre situation n’est pas unique. Plusieurs couples vivent le même genre de relation. Une relation fractionnée. D’un côté, l’amour qui nous unit et sans lequel rien ne serait possible et de l’autre, la maladie sans laquelle tout serait possible. Pas facile de concilier les deux.

La plupart du temps, le couple et la maladie font équipe et tout va pour le mieux. Mais il y a des jours sombres, les jours où le gros nuage éclate, déverse le trop plein et les frustrations. Les paroles sortent comme elles viennent; les mots blessent et chacune s’isole. Le charme est rompu, nous sommes malheureuses chacune de notre côté. Sur le coup de l’émotion je reproche à ma conjointe d’en faire trop, de m’étouffer. Cependant, je suis consciente que c’est parce qu’elle est préoccupée par ma sécurité et mon bien-être. J’ai beau en être consciente, mais c’est difficile à accepter. À 48 ans, dépendre de la personne qu’on aime ce n’est pas évident. Ne plus être capable d’assurer le quotidien de la maison, même pas capable d’encadrer les enfants. Le sentiment d’inutilité et le complexe d’infériorité s’installent. L’estime de soi est à la baisse en même temps que le moral.

Quand on aime une personne, on ne veut surtout pas être un boulet pour elle. On veut faire équipe, partager les tâches, s’aider mutuellement. Elle ne me reproche rien, elle est attentionnée, elle fait tout pour que je sois heureuse. J’ai le sentiment d’être égoïste. Je demande… non, je n’ai même pas besoin de demander, elle donne avant que je demande. Elle prévient les accidents, elle pense à me faire prendre les médicaments que j’ai tendance à oublier, lorsque je suis moins bien, elle évite de sortir pou ne pas me laisser seule. Je dois être ingrate pour critiquer, reprocher. Il y a tant de personnes, souvent plus atteintes que moi qui doivent faire face à la maladie sans aide. Des personnes seules, des personnes abandonnées par une conjointe ou un conjoint dépassé par les événements, des personnes qui ont quitté pour ne pas imposer la maladie.

La maladie fait que ma liberté diminue au même rythme que mon autonomie. Ça c’est très difficile à accepter. Il y a toujours la notion de sécurité qui entre en jeu, qui est là pour justifier mon besoin d’encadrement. J’en ai marre! Tannée, fatiguée de cette prison nommée Parkinson. C’est la première fois que j’ose en parler de ce manque de liberté que je soupçonne ne pas être la seule à vivre. La maladie de Parkinson est un terrain miné. On sait quelles mines se cachent sur le terrain mais on ne sait jamais quand on va en rencontrer une, ni sur laquelle on va mettre le pied. Une mine n’amène pas nécessairement la mort, mais elle entraîne la perte de quelque chose de vital. Elle nous amène à quitter, une après l’autre les choses qui nous tiennent à cœur. À chaque fois, on fait le deuil d’une partie de soi. Santé, autonomie, avenir, emploi, statut social et économique, amis… La maladie m’a amenée à faire plusieurs deuils chacun plus difficile à faire que le précédent. Je réalise que j’en suis à faire celui de ma liberté. Je ne sais pas si je vais y arriver. Ma conjointe panse mes blessure, me tiens la main, me réconforte. J’ai beau être bien entourée, soutenue, aimée, c’est à moi de faire le deuil, de survivre à l’explosion de cette nouvelle mine. Je ne sais pas quand j’y parviendrai, ni même si j’y parviendrai; l’avenir le dira.

Jocelyne Gouge, 29 septembre 2005

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