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On
dit souvent que le hasard n'existe pas. Que rien ne se perd... que rien ne
se crée, que la vie est un perpétuel recommencement. Je n'ai jamais
vraiment accordé d'importance à ces idées émises. Je suis plutôt du
genre intuitif et spontané. Rebelle marginale, je nage la plupart du
temps à contre-courant dans l'océan des conventions établies et de la
pensée populaire. Je suis aussi passionnée de la vie, passionnée de
tout ce qui ressemble à la vie. La maladie (Parkinson) m'a appris la
valeur du temps; le temps qui passe ne repassera jamais plus il faut donc
en profiter à plein parce qu'il ne reviendra pas. Je vis maintenant dans
une nouvelle dimension. Une dimension où seul le temps présent compte
vraiment. Je vis chaque bon moment intensément... comme si je le vivais
pour la dernière fois. Je m'offre des petites joies que je n'aurais
jamais osé m'offrir avant. Je me suis réapproprié ma vie. Je n'accepte
toujours pas la maladie, peut-on accepter, à mon âge, une maladie
neurodégénérative qui mène à plus moins longue échéance, à la
perte d'autonomie. Chaque matin, je prends la décision de vivre la
journée qui commence avec cette vandale; je dis bien "vivre
avec" et non accepter. C'est vrai que je suis moins active dans la
maison, c'est vrai que j'ai fréquemment besoin de repos, c'est vrai que
lorsque je vais mieux je m'offre du bon temps. Mais combien de temps au
juste me reste-t-il avant de perdre mon autonomie? Quelqu'un peut me le
dire? Je n'ai pas de chance à prendre, je vis tous les bons moments qui
se présentent à moi, c'est un choix de vie que j'ai fait. Souvent, mon
mari me reprochait de passer trop de temps à l'ordinateur. Mais il
ignorait tout le bien que pouvait m'apporter ce moyen de communication. En
quittant mon emploi, j'ai perdu un bon réseau social. Étant d'une nature
sociable, il me fallait trouver une façon de créer de nouveaux liens
d'amitié. C'est important pour moi d'échanger avec diverses personnes de
divers milieux. L'amitié, c'est primordial pour moi.
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J'ai
pris contact avec une femme que je voyais passer sur Internet à
l'occasion. Elle était inscrite sur deux listes de discussions auxquelles
je participais. On ne s'était jamais vraiment intéressée l'une à
l'autre. À vrai dire, je ne me souviens même plus pourquoi je suis
rentrée en contact avec elle. C'était en avril 2001, un an après avoir
appris que j'étais probablement atteinte de la maladie de Parkinson.
Dès nos premières discussions et nos premiers courriels, on s'est
découvert des affinités et plus le temps passait, plus on s'attachait
l'une à l'autre. On s'échangeait des photos, on dialoguait en direct via
Internet, on apprenait à se connaître. Nous sommes devenue en très peu
de temps deux bonnes amies. Nos échanges devenaient de plus en plus
intimes... jusqu'au jour où, sans le savoir, nous nous sommes déclaré
notre amour en même temps dans un courriel que nous avions écrit en
même temps et envoyé en même temps.... c'était le 17 juin 2001.
Notre amitié ne s'était pas transformée en amour, notre amitié
demeurait inchangée mais un amour fort et puissant nous unissait en plus.
Cet amour hors du commun grandissait un peu plus à chaque jour. Un amour
à prime abord impossible: un océan et 6000 kilomètres nous séparaient,
sans compter le décalage horaire de 6 heures qui n'était vraiment pas
génial.
Cette femme pour qui mon coeur bat à tout rompre vit en relation avec sa
conjointe depuis vingt ans et moi, je suis mariée depuis vingt ans.
Elle aime sa conjointe et moi j'aime mon mari. Ni elle ni moi cherchions
une nouvelle relation. Mais, voyez-vous, notre amour l'une envers l'autre
est plus fort que tout. Ni l'une ni l'autre ne veut briser sa
relation existante, mais chacune crève d'envie de vivre avec l'autre.
Au mois d'août, Brigitte quitte sa conjointe. Peu de temps après,
j'annonce à mon mari ma relation avec Brigitte. Pour l'instant, on va
continuer à vivre sous le même toit, enfants et finances nous y
contraignant presque.
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C'est de
plus en plus évident que nous allons vivre ensemble un jour.
Un projet& à l'état embryonnaire, sans échéancier précis,
était là, il nous tenait à coeur. La première étape de ce projet:
septembre 2001. Je décide de faire le grand saut et d'aller visiter celle
que j'appelle désormais "ma femme". Départ de Québec le 2
octobre pour une période de huit semaines... deux mois avec ma blonde,
deux mois sans se quitter, quarante-cinq jours d'amour.
Nous avons toutes deux extrêmement hâte... premier regard, premier
contact, premier baiser. Se rencontrer pour la première fois. S'aimer, se
toucher, se caresser tendrement, s'embrasser amoureusement, s'échanger
des regards amoureux, tout partager. Jeudi 16 novembre; je dois rentrer,
mais j'en ai pas envie. Le grand bonheur de vivre ensemble fait place à
la douloureuse séparation. Retour à l'amour virtuel jusqu'au 14 février
2002. On a la chance de vivre notre première fête de Saint-Valentin
ensemble. Brigitte fait connaissance avec mes enfants, nous vivons trois
semaines de pur bonheur. Le 8 mars, nouvelle séparation déchirante.
Retour au virtuel jusqu'en juin.
Lundi 17 juin, jour de notre premier anniversaire d'amour, nous nous
retrouvons. Nous profitons de l'été pour faire des démarches
d'immigration... nous ne pouvons plus vivre loin l'une de l'autre. L'été
passe trop vite, Brigitte retourne en France le 8 septembre et fait les
démarches administratives en France pour immigrer au Québec. De mon
côté, la demande de parrainage est préparée et dès que Brigitte
m'enverra sa demande d'immigration complétée et les documents officiels,
je posterai le précieux dossier. La demande est finalement partie le 17
octobre. Le 17 novembre, la demande de parrainage est acceptée et le
certificat d'acceptation du Québec accordé le 19 janvier 2004. Le 3
février, l'ambassade du Canada à Paris commence à traiter le dossier
d'immigration.
Entre temps, Brigitte quitte parents, amis et travail en France pour me
rejoindre en attendant le visa. Elle arrive le 17 décembre 2003 et nous
ne nous sommes plus quittées depuis. Heureusement que nous étions
ensemble parce que le dossier d'immigration a traîné en longueur. Elle a
enfin obtenu son visa de résidence permanente le 17 février et le 2
mars, nous prenons la direction de Standstead pour le valider au poste
frontière. Après presque deux années de stress, d'inquiétudes et de
découragement, nous respirons enfin. Notre amour a été mis à rude
épreuve pendant cette période. Brigitte n'avait pas le droit de
travailler avant d'avoir son visa. Elle avait son accordéon, mais son
synthétiseur lui manquait. Elle ne se plaignait pas, mais je sentais
qu'elle n'était pas heureuse. Parfois, je m'en voulais de l'avoir
entraînée dans une telle aventure. Je me demandais pourquoi elle était
ici avec moi. Elle a tout abandonné en France pour vivre ici dans
l'insécurité totale.
... à suivre
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